Les industriels du Génie Climatique ont déjà leur base commune de données produits
M. TETREL vous êtes Président de l’ATITA, association qui regroupe des industriels du génie climatique. Vous avez présenté à la Commission Structuration des données AIMCC vos travaux dans le domaine des échanges de données, en vue d’un rapprochement.

Pouvez-vous nous dire où vous en êtes aujourd’hui ?
L’ATITA représente près de 80 acteurs, tous industriels producteurs. Nous avons entamé notre réflexion sur la structuration des données et la constitution d’une base de données produit, il y a 10 ans. Nous avions besoin de communiquer sur nos données techniques. Le consensus s’est fait au départ avec un noyau d’industriels, dans le domaine des radiateurs. Le besoin de communiquer était important et les caractéristiques étaient sensibles. Les petites entreprises du secteur avaient besoin de répondre à leurs clients grossistes. Parmi ceux-ci les plus avancés demandaient une participation financière au développement de leur propre base de données.
Poussées par les industriels du génie climatique, nous avons développé la base de données et nous l’avons porté. Nos industriels ont ainsi disposé d’un outil qui leur a permis de satisfaire la demande.
Aujourd’hui 30 000 articles sont sur notre base, dans 4 domaines pour une moitié des entreprises du secteur.
Pour nous, les enjeux liés aux données techniques sont de répondre d’abord à la prescription, et à la réglementation.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?
L’ATITA a acquis un savoir faire, aujourd’hui reconnu, pour définir les caractéristiques techniques des produits. Un gros travail de cohérence entre concurrents a été conduit , pour arriver à une base qui soit utilisable mécaniquement et automatiquement.
On a à la fois conduit une approche marketing et une approche technique pour « normaliser » ou fusionner un système de langage technique, et mettre des valeurs.
Exemple pour l’eau chaude : de quoi parle-t-on ? D’un confort d’eau ou d’un débit ? Comment peut –on détailler ?
Autre exemple que nous aurons à couvrir prochainement: dans le solaire, le chauffe eau solaire individuel. Comment caractériser et décrire les 4 composantes : ballon, système hydraulique, régulation, panneau solaire….
On ne peut ne donner que quelques données sur le panneau…. Mais ce qu’on veut c’est de l’eau chaude !!! Sa disponibilité, sa quantité, son niveau de température et l’importance de l’appoint (notion de rendement), c'est-à-dire définir l’efficacité du système solaire.
Comment s’utilise la base ?
En entrée, pour l’industriel, nous avons développé un kit de saisie (sur CD et d’ici quelques semaines en ligne), aboutissement d’un consensus sur tout tout ce qu’on doit y trouver, les mots, les valeurs.
En sortie : ce sont les sites WEB de consultation. Les utilisateurs de ces informations sont les clients finaux, les prescripteurs pour les calculs, les distributeurs et les acteurs du bâtiment en général dans le domaine réglementaire
Il peut y avoir plusieurs types de sites. Cela va dépendre des besoins de nos industriels. Nous avons ainsi abouti pour le Génie climatique à deux sites, un « réglementaire » (ou public), l’autre que l’on peut appeler « catalogue » (et privé).
Les utilisateurs peuvent aussi accéder directement aux données après accord, soit en automatique ou soit sur demande. .
In fine, on facilite la communication, on double le classeur sur l’étagère aujourd’hui, mais demain, on ira vers sa suppression.
De plus en plus d’utilisateurs utilisent l’informatique, et les nouveaux moyens d’accès.
Enfin, si la base est sérieuse, les utilisateurs l’utiliseront régulièrement. Le contrôle de la qualité de l’information est donc nécessaire. C’est pourquoi nous auditons nos entreprises.
Nous nous sommes interdit de donner un accès à l’information transversale, et de favoriser les comparaisons.
Par ailleurs, la base ne change rien à la problématique de la notoriété de la marque, mais est un bon accessoire, un outil moderne pour contribuer à une bonne information. Elle est reconnue par les donneurs d’ordre, notamment public
Quel est votre retour d’expérience sur les impacts économiques ?
La base de données génère une économie d’échelle. L’information sert à tous les clients. Cela nourrit aussi le catalogue électronique (il n’y a plus de classeur). On centralise l’information.
Cela structure aussi l’organisation ; l’information est générée une fois. Les services internes utilisent aussi la même information et contribuent à l’alimenter.
On allège le cout global de gestion de l’information tout en augmentant le flux d’informations échangées.
On ne peut pas mesurer directement le gain. Mais Deny Roudière , Président du Comité de Pilotage du collège des industriels , estime que le temps nécessaire au traitement des base de données produits a été divisé par 8.
A la question : est-ce utile, et combien ça coute ? Le cout est « inexistant » par rapport aux couts globaux de l’entreprise et au cout de production de l’information seule : Quelques milliers d’euros par adhérent pour un groupe d’une à deux dizaines d’entreprises. Le cout réel est le temps passé en entreprise à nourrir la base de données, il est nettement plus faible que les temps passés dans chaque service à maitriser leur information.
Je ne suis pas préoccupé par le cout à prévoir pour développer le système pour d’autres métiers. Les syndicats professionnels peuvent assurer les travaux collectifs. Notre outil informatique peut être étendu.
Si chaque industriel développait en interne sa base, là oui, ce serait compliqué et globalement cher.
Comment abordez-vous les travaux menés à l’AIMCC ?
Les travaux menés par l’AIMCC dans le cadre de la création d’une base unique de donnée orientée tous produits du BTP, vont dans le même sens que la base que nous avons déjà réalisée pour le secteur du génie climatique Nous pouvons envisager un rapprochement en apportant notre savoir faire dans la structuration des données techniques, et assurer la coordination dans les groupes de travail spécialisés.
Le frein est du coté des entreprises, car elles sont concurrentes, et que les modes d’information et de communication préexistent; Dans le génie climatique la crédibilité de notre base de données n’est d’ailleurs pas encore totale car l’intégration dans les systèmes informatiques des entreprises est loin d’être finalisée. Il coexiste avec d’autres sources. Il en va de même chez les utilisateurs, la plus part informatisées mais dont les membres sont encore loin d’utiliser au même niveau l’information numérique. Malgré tout il est évident que la situation évolue rapidement et à notre faveur.
Une base de données doit être une source mère, utilisable et reconnue par tous, le marketing, les vendeurs, le technique…. Il n’y a pas de doute, il y aura une base de donnée technique des produits de la construction, les premières professions qui en seront dotés bénéficieront d’un avantage.
